La scène qui se passe ici est tournée en extérieur, c'est pour cette raison qu'elle figure dans le jardin.
Un feu de camp, à coté, un tas énorme de vieilles planches à brûler. Autour du foyer, quelques chaises disparates (longues, de cuisine, de camping, de récup' quoi!).
Derrière, une vieille table en bois un peu bancale sur laquelle attendent des pots de confitures "maison", des miels, du nutella et.....quelques bouteilles, plus ou moins remplies, avec ou sans étiquettes.
Ça et là dans le jardin accrochées aux arbres fruitiers, des bougies, des photophores, une lanterne dispenseront une lumière vacillante lorsque la nuit sera tombée.
Un peu plus loin dans leur enclos, les chèvres et leur petits nous accueillent par des bêlements hasardeux, on craque, on leur ouvre la porte....leur bonheur est dans le pré.
La soirée va pouvoir commencer. Le soleil s'éteint doucement derrière les collines du village.
Philippe ouvre le gaufrier en fonte ("c'est celui de la Mamie, elle le reverra jamais hein Biche"), le graisse. Claudine verse une louche de pâte épaisse ("flûte, y'a des grumeaux, j'y comprend rien, j'ai fait comme d'habitude, tant pis, ce sera formidable quand même").
Philippe referme et pose l'appareil sur les braises. Vite, vite, il profite de la cuisson pour aller déboucher la première bouteille ("Écoute le bruit du bouchon Lapin"). "Lapin", c'est mon Hervé, en référence au film Le Bonheur est dans le Près. Tout un programme....
Rapidement, il distribue les verres,, puis court vers le feu en gueulant un peu "La première colle toujours un peu, bordel, "). Claudine impassible soupire, sourit et la décolle à l'aide d'une fourchette. Les gaufres au feu de bois, ça se fait en couple.
Philou remet le gaufrier à la chaleur, et profite des quelques minutes qui lui sont imparties pour aller siroter son verre, bruyamment, en claquant la langue ("On est bien, hein Lapin"). Il retourne rapidement à son gaufrier, gueule encore d'une voix aiguë, le vent vient de tourner, il est complètement enfumé. En bon comédien, il tousse, éructe, fait semblant de cracher. Claudine, impassible, soupire, sourit et dépose la gaufre sur l'assiette qui commence à se remplir. ("Servez vous, n'attendez pas, elles vont être froides, vous verrez, elles sont formidables"). Claudine, elle dit souvent "formidable".
Et ainsi, la soirée va s'écouler.
Entre le feu, les gaufres chaudes et odorantes, parfois un peu grillées, les confitures et les verres remplis, vidés....
A la lueur dansante du feu, on déguste, et on apprécie surtout.
Tiens, Philippe gueule encore, le manche de l'antique gaufrier lui est resté dans la main. Claudine, impassible, soupire, sourit encore, elle sait qu'il va le réparer vaille que vaille.
De l'autre côté du feu, il y a la Poule qui attend patiemment que Coco (c'est le mari de la Poule, de son vrai prénom Olivier) lui garnisse une gaufre de confiture aux fruits rouges. ("tu fais quoi Bébé? c'est long!! "je cherche la cuillère, elle est tombée, bébé").
La Poule? Oui, la Poule. Je la surnomme ainsi, non pas parce qu'elle ressemble à ce charmant volatile, mais tout simplement parce qu'Eva, depuis quelques mois couve! Couve un petit poussin qui devrait arriver aux environs du 16 août. Autant dire d'un jour à l'autre, peut être ce soir, tiens, ce serait drôle!
Son Coco, lui aussi couve. Il la couve de regards attendris, de bisous, d'attention et de conseils
Alors, parfois, la Poule caquette un peu plus fort ("Mais Bébé, j'suis juste enceinte, lâche moi!!)
Il faut dire que c'est leur premier, tant attendu.
Les heures défilent, il fait complètement nuit. Les fous rires sont nombreux, les plaisanteries de plus ou moins bon goût fusent, et les répliques de nos films préférés ressortent comme à chaque fois que l'on se rencontre. ("on est bien comme dans un litre", hein Lapin?").
On dévore les gaufres et on essaye les "expériences".Quand je dis "on",ce sont plutôt les hommes qui s'y collent. Claudine ne boit jamais d'alcool à part du cidre et du punch. Eva, en raisonnable couveuse attend l'éclosion pour se remettre à picoler.Et moi, sous médicaments avec ce putain de dos, je dois être raisonnable. Et surtout, il faudra tout de même quelqu'un capable "de souffler dans le gendarme hein"!
Les expériences sont variées, des fonds de verre juste pour goûter :(on n'est pas des pochtrons hein, Lapin?"). C'est varié, parfois étonnant et parfois détonnant. De l'alcool de prunelle, en passant par la liqueur de cidre ou de framboise, c'est souvent du fait maison.Ce n'est pas toujours alcoolisé non plus, il y a des sirops, des eaux aromatisées, mais toujours "maison". Philippe adore préparer des trucs pas possibles,moi aussi, je m'y suis mise. Il nous promet pour la prochaine fois, un pastis de son cru. Hervé et Coco en bavent déjà, et Olivier, je le vois dans le noir, en a les yeux tout pétillants.
Pauvre Coco, depuis que je le connais ou presque, il est au régime. Enfin, comment dire? disons que c'est un régime virtuel, car il n'arrive pas à être raisonnable. ("Bébé, si en ce moment, je ne mange pas beaucoup, ne t'inquiète pas, je ne suis pas malade, je suis au régime!! -Encore Bébé? mais tu y étais la semaine dernière et t'as mangé deux fois, une fois chez ta mère, et une fois chez nous!!").
On se moque tous de lui, mais il n'y a pas de quoi, on a touts pris de la bouteille depuis que l'on se connaît, de la bouteille et quelques petits kilos.
Hervé n'ayant aucune attirance pour le sucré, n'a aucun mérite.("Minou, Minou, t'as vu, j'ai pas mangé une seule gaufre, j'suis raisonnable hein, j'ai fait attention!! j'ai juste bu!!).
Il va encore ronfler cette nuit!
Claudine, toujours raisonnable sait se limiter. Eva n'a jamais autant mangé, c'est normal elle est deux. Elle verra après....et moi, bah je suis gourmande, je le revendique et pis c'est tout!! (" c'est fait avec de bonnes choses, ça n'est donc pas mauvais").
L'humidité et la nuit noire sont arrivées rapidement. Qu'importe, il reste encore des planches à brûler. On se rapproche tous frileusement des flammes. Les chèvres sont rentrées, le chat vient chercher quelques caresses à défaut d'autres choses. Parfois, il a plus de chance, on fait griller de la viande. On entend quand rarement le silence se fait, les grenouilles se parler. La marre n'est pas loin, juste à gauche. C'est étonnant qu'il n'y en ai pas un qui est tombé au jus. Nous ne sommes jamais à l'abri d'une connerie. Mais ce sera peut être pour la prochaine fois, il faut en garder un peu.
Pendant quelques heures, on oublie le quotidien, les factures, le boulot, la crise de nos ados respectifs qui se parlent moins depuis quelques mois. On se raconte notre vie et on en rigole.
En résumé : un feu, un gaufrier, quelques confitures, plusieurs bouteilles et surtout, surtout, six potes épicuriens.
Emplettes ou Cueillette :
Emplettes ou Cueillette :
un feu de bois l'été, une cheminée allumée l'hiver - un vieux gaufrier que la Mamie a plutôt intérêt à oublier - de la pâte à gaufre - des confitures maison - quelques bouteilles - de l'amitié.
Entretenir le feu.
Graisser le gaufrier généreusement.
Cuire les gaufres.
Les garnir.
Boire un coup de temps en temps.
A la fin de la soirée, la pyramide de gaufres a disparu, le feu s'est éteint, les verres sont vides.
Il ne reste que l'amitié, c'est formidable, hein Lapin?
Alors merci les copains, vous, les vrais. Pas ceux que l'on croise de temps en temps juste pour le plaisir. Non, les vrais, ceux qui au fil des années sont restés. Ceux qui sont prêts à vous aider quand vous êtes dans une mauvaise passe, sans que vous ne leur demandiez.
Alors merci les copains, merci pour les anniversaires surprise, les pique-nique, les nuits blanches, les réveillons réussis, les campings, les cochons grillés, les histoires drôles ratées, la tarte au chocolat étalée dans le four, les feux d'artifices, , les pâtes par terre, les , les concerts en Alsace, les merguez un peu grillées, les expéditions secrètes nocturnes, les sorties en voiture sans trop d'essence, les brocantes ensoleillées...
Merci pour les voitures prêtées, l'argent proposé, les déménagements, les dalles de béton, la véranda à monter, les poutres à démonter, les remorques empruntées, la bétonnière volée...













